Les sauges de Jérusalem
Sauge de Jérusalem est une fois de plus un de ces noms communs trompeurs pour une plante qui n’est pas une sauge du tout: le Phlomis. Ce nom curieux provient d’un mot grec pour flamme, probablement lié à l’usage des tiges séchées comme mèches. Sa seule ressemblance avec la sauge est son feuillage velu et ses fleurs labiées, les deux genres appartenant à la même famille des lamiacées.
La mention de Jérusalem indique que la plante vient du Proche-Orient. En réalité, les Phlomis sont présents dans toute la Méditerranée, en Asie centrale et jusqu’en Chine. Ce sont d’excellentes plantes de jardin et elles sont devenues très à la mode ces dernières années.
Le genre Phlomis comprend une centaine d’espèces, dont certaines sont des herbacées et d’autres de petits arbustes à feuillage persistant. Les feuilles sont entières et disposées opposées, deux par deux. Elles poilues et souvent gaufrées ou rainurées. Ce qui permet à coup sûr de reconnaître un Phlomis, ce sont ses fleurs disposées en étages réguliers autour de la hampe florale: on appelle cela des verticilles. Deux espèces sont particulièrement populaires, russelliana et fruticosa.
Phlomis russeliana
Cette première espèce, le Phlomis de Russell, est une vivace herbacée très prisée comme couvre-sol. Ses grandes feuilles vertes, en forme de coeur à la base, s’imbriquent et laissent peu de chances aux adventices, d’autant plus que la rosette basale reste présente tout l’hiver. S’étendant par rhizomes, quelques plantes couvriront rapidement l’espace sans devenir envahissants. Ces plantes sont bien rustiques et supportent les sol lourds et frais, le soleil et la mi-ombre. Elles conviennent donc pour les jardins aux latitudes moins clémentes.
Vers le mois de juin, des hampes florales solides se dressent tout droit, portant des fleurs jaune pâles disposées en étages réguliers. Les fleurs individuelles sont formées par une sorte de capuchon et d’une lèvre inférieure à 3 lobes. Avant on parlait de la famille des labiacées (du mot lèvre), mais aujourd’hui on utilise le terme lamiacées (de Lamium, le genre type). Toute cette famille est très appréciée par les abeilles.
Le Phlomis de Russell est largement utilisé dans les jardins de type ‘prairie’ ou les jardins de graviers, généralement en grandes masses. Il y est souvent associé aux graminées ou aux persicaires. Un des intérêts de la plante et qu’elle reste attractive en hiver avec ses feuilles persistantes et les hampes florales sèches. Celles-ci sont décoratives dans les bouquets secs.
Phlomis samia
Egalement vivace, avec la partie florale qui dessèche en hiver, cette sauge de Jérusalem-ci est une vraie Méditerranéenne, poussant dans la nature en sous-bois. Cela en fait un excellent couvre-sol pour l’ombre sèche, sous de grands arbres par exemple, un emplacement toujours difficile. Dans un jardin sec, même en plein cagnard tout l’été, Phlomis samia résiste envers et contre tout. Le feuillage gris-vert de la rosette est joliment feutré avec un bord cranté très net. La hampe florale atteint facilement un mètre et porte des fleurs d’une couleurs rose-brun caractéristique. Par contre, les verticilles étant très rapprochés, les étages sont moins visibles. Comme la sauge de Russell, la plante offre un attrait en toute saison.
Phlomis tuberosa ‘Amazone’
On tend à penser que les sauges de Jérusalem sont toujours jaunes, mais voici une magnifique sélection horticole rose. Elle se distingue par des étages très espacés laissant apparaître une tige pourpre foncé. La floraison intervient de mai à juillet. Atteignant un mètre de haut ou plus, un groupe de ‘Amazone’ donne une belle structure à un parterre.
Ne craignant pas les gelées on peut planter ce Phlomis au nord, à condition d’avoir un sol drainant.
Phlomis fruticosa
Cette sauge de Jérusalem est le grand classique, que l’on trouve à l’état sauvage autour de la Méditerranée. Ses feuilles grises et duveteuses , assez petites et arrondies, ressemblent à s’y méprendre à des feuilles de sauge. Contrairement aux espèces ci-dessus, ce Phlomis est un arbrisseau, ce qui apparaît dans le nom (frutex en latin est un arbuste).
Dès le début du printemps, en février mars, l’arbuste se couvre de fleurs tubulaires jaune vif, disposées de manière très graphique. La disposition est en étage mais le port des rameaux est souple et non dressée. La rusticité de la plante est moyenne mais son ennemi est surtout un sol détrempé. Le sable, la rocaille et les talus lui conviennent parfaitement. Dans un emplacement adapté, ces arbustes se répandent vigoureusement. Les fleurs fanées sont un peu moins attractives sur ce buisson donc n’hésitez pas à faire une bonne taille après la floraison pour maintenir un port compact.
Phlomis longifolia
Il y a un certain choix dans les espèces arbustives, provenant de diverses régions méditerranéennes, à glaner chez les pépiniéristes plus pointus. La sauge de Jérusalem à longue feuille en est un exemple. Sa feuilles est étroite, vert franc et joliment gaufrée. Les fleurs printanières sont jaune d’oeuf.
Phlomis bourgaei est similaire, avec un feuillage plus gris.
Phlomis purpurea
Parmi les arbustives également il y a l’option rose pour ceux qui fuient le jaune. La sauge de Jérusalem pourpre est tout en douceur, rose sur fond gris. Elle fleurit dès mai et forme un buisson assez semblable à P. fruticosa.
En conclusion, voici un genre de plantes très intéressant à explorer pour toutes les situations sèches, drainées, ensoleillées, maritimes etc. Les Phlomis ont une longue évolution d’adaptation aux rigueurs des étés méditerranéens. Ce sont des atouts véritables dans la perspective d’étés plus chauds et plus secs. Ce sont aussi des alliés précieux pour les jardins à travail réduit, ce auquel nous aspirons tous!