Champs en fleur

Dans les lieux où les champs cultivés n’ont pas été réduits à des déserts par les herbicides, ou dans les friches agricoles, on peut assister à une explosion de fleurs au printemps. Les semences peuvent rester en dormance, parfois pendant des années. Quand le sol est dérangé, par un travail de la terre qui les expose à la pluie et à la lumière, elles germent massivement. Le spectacle est grandiose au printemps, digne des tableaux impressionnistes, mais malheureusement de plus en plus rare.

L’image qui nous touche tous est le champ de coquelicots, en fleurs dès avril dans les sud, en mai ou en juin plus au nord. Le coquelicot sauvage, Papaver rhoeas, produit des capsules contenant des milliers de semences minuscules. Celles-ci restent en dormance dans le sol. Quand celui-ci est labouré ces semences remontent à la lumière et germent. Dans le champ ci-dessus, ils poussent parmi les vesces, utilisés comme engrais vert. Les coquelicots sont des annuelles et n’aiment pas la concurrence. Il est donc illusoire d’espérer les voir refleurir d’année en année dans une prairie fleurie.

Un champ qui a été moissonné et puis laissé nu avant un prochain labour peut se couvrir entièrement de camomille allemande, Matricaria chamomilla. Son feuillage très fin la caractérise, de même que le coeur de la fleur en dôme avec des pétales retombants. Cette camomille est aussi une annuelle spontanée.

On confond parfois la camomille avec les marguerites, qui elles sont des fleurs des prés et pas des champs. Elles sont vivaces et peuvent revenir d’année en année dans l’herbe, surtout sur les terrains pauvres et ensoleillés. Contrairement à la camomille, le coeur de la fleurs est plat. La marguerite blanche est très commune et son nom n’est pas particulièrement inspirant: Leucanthemum vulgare (de leucos, blanc et anthemon, fleur).

La marguerite jaune est assez semblable à la blanche et est aussi une vivace de courte vie mais qui se ressème abondamment. Dans des terrains pauvres ou laissés en friche, comme ici dans le sud de l’Italie, elle peut couvrir des grandes surfaces de ses étoiles d’or. Elle est une ressource lumineuse pour les bouquets champêtres de Pâques. On trouve parfois spontanément une variante jaune pâle. De beaux cultivars horticoles, dans une gamme de couleurs plus large, sont disponibles pour les jardins. En latin, on l’appelait toujours Anthemis tinctoria, mais, à ma surprise, elle est devenue Cota tinctoria. L’épithète fait référence à son utilisation traditionnelle pour l’obtention d’une belle teinture jaune à orangé pour les textiles.

Le tapis orange qui se déroule sous les vieux oliviers atteints par la Xylella (une bactérie virulente qui décime les oliviers), est composé presque exclusivement de soucis, Calendula officinalis. Cette petite plante sauvage est très présente dans le sud de l’Europe, où est est largement utilisée depuis l’antiquité. L’épithète officinalis indique d’ailleurs qu’elle avait sa place dans l’officine de pharmacie. Aujourd’hui, elle intervient dans des huiles et crèmes anti-inflammatoires et apaisantes. Le souci peut aussi s’utiliser en infusion. Quelques pétales séchées dispersées sur un plat sont le safran du pauvre (parfois, on vous vendra par escroquerie du souci au prix du safran!). Vu sa belle couleur, vous ne serez pas étonnés que le souci est aussi une plante tinctoriale.

Le souci est une des plantes les plus faciles à cultiver. Les variétés horticoles ont des fleurs plus grandes, souvent doubles, et offrent une gradation de couleurs. Personnellement, j’en cultive une bordure pour égayer le potager. Par facilité, je les laisse toujours à la même place, où elles se ressèment d’année en année.

La roquette sauvage a trouvé son bonheur dans un champ de blé de variété traditionnelle, cultivée en bio sans désherbants. Cette espèce annuelle, toute légère, peut s’élever jusqu’à un mètre, créant un nuage vaporeux au-dessus des cultures. Son nom scientifique est Eruca vesicaria. La roquette appartient à la famille des choux, les brassicacées ou crucifères, qui se distinguent par leurs fleurs à 4 pétales, disposées en croix. Chez l’espèce sauvage, ces pétales sont blancs, joliment veinés de violet.

Il y a un peu de confusion pour les roquettes que nous consommons pour donner une touche épicée et italienne à nos salades.

Eruca sativa est la roquette cultivée, annuelle, avec une fleur jaune pâle ou blanche et une feuille peu découpée.

Diplotaxis tenuifolia est vivace, a une fleur jaune vif et un feuillage fin et découpé, particulièrement délicieux.

Voici une petite sélection de champs fleuris photographiés au fil des ans. Les promenades de fin d’hiver et du début du printemps dans les espaces méditerranéens peuvent être un véritable enchantement. Le sol est pauvre, les récoltes sont maigres, mais quelle richesse de biodiversité! Dans nos paysages uniformisés, on en verrait à oublier que les fleurs des champs existent.

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