Un escalier végétalisé

Planter entre les marches

Quelques plantes de charme n’ont besoin que de petits espaces entre les pierres pour s’établir entre les marches d’un escalier, à condition qu’il ne soit pas cimenté de manière hermétique. Ce sont souvent des plantes de montagne pour lesquelles la rocaille est l’habitat naturel. Elles ont des stratégies efficaces pour se reproduire et s’étendre malgré le milieu hostile.

l’erigeron

La plante de charme par excellence pour adoucir un escalier est l’Erigeron karvinkianus, bien nommée pâquerette des murailles. On la trouve aussi sous le nom de vergerette, mais c’est moins parlant. Cette petite astéracée, avec ses fleurettes en étoile, dans un mélange de blanc et de rose, ressemble en effet à une pâquerette sur une tige plus fine. La feuille est également toute fine.

Cette vivace gracile est cependant d’une solidité incroyable. Native du Mexique et d’Amérique centrale, elle supporte des conditions extrêmes, notamment de sécheresse estivale. Dès le printemps, ce couvre-sol tapissant se couvre de fleurs qui s’échelonnent jusqu’à l’automne. Si l’été est chaud et sec, elle aura moins fière allure, mais reprendra sa forme avec les premières pluies. Elle convient donc tout à fait pour les jardins secs. Sa limite de rusticité est autour de -12°C et ce n’est donc pas un choix pour la montagne. Dommage, car Erigeron karvinkianus aime la rocaille, les sols pauvres et drainés.

La pâquerette des murailles peut coloniser tout un escalier en peu de temps. Elle se multiplie par rhizomes souterrains mais aussi par des graines munies de soies que le vent disperse. Comment l’implanter? Si votre escalier n’est pas rejointoyé, vous pouvez enfoncer de petits morceaux munis de quelques racines dans les trous. Si cela paraît difficile, achetez une ou deux plantes en pot et placez les sur les marches. Patientez! Les semences trouveront les interstices ou s’installer.

La campanule

Il y a plusieurs espèces de campanules rampantes, dont la campanule des murets, Campanula poscharskyana, nommé pour le botaniste allemand Poscharsky. Contrairement au choix précédent, il s’agit d’une vivace européenne, originaire des montagnes de Serbie et se trouvant dans les montagnes calcaires de la Méditerranée. Elle est en conséquence beaucoup plus résistante au froid que l’erigeron mexicain. La campanule supporte également bien l’ombre et la pluie, à condition que le sol soit bien drainé. La floraison est longue avec également une pause estivale en cas de grandes chaleurs. La campanule forme un beau tapis d’étoiles bleues et s’enracine fermement, trouvant ce qu’il lui faut. Elle catapulte ses graines au loin, ce qui lui permet de coloniser le muret ou l’escalier.

La persicaire

Les plantes tapissantes ont les défauts de leurs qualités; si elles sont capables de s’implanter dans des situations difficiles, elles peuvent aussi être envahissantes. C’est le cas de cette ravissante petite persicaire, Persicaria capitata. Une solution beaucoup moins courante pour aller à l’assaut d’un escalier, elle est cependant épatante dans ce rôle. Capitata, veut dire, qui forme de petites têtes. Contrairement aux autrs persicaires, qui portent des épis allongés, l’inflorescence de cette espèce forme de petits pompons roses.

Le feuillage de cette petites renouée est un autre atout. Les feuilles sont marquées d’un joli chevron pourpre et toute la plante devient pourpre à l’automne. Ce couvre-sol rampe et se ressème. Je suis souvent surprise de voir où elle est capable d’aller se nicher!

Les fraises des bois

Plus au nord, dans un climat froid et humide, parmi les gros bloc de schiste de cet escalier, les fraises des bois ont trouvé à s’installer. Elles sont probablement arrivées par elles-mêmes, dans les déjections qui oiseaux qui se régalent des petites fraises. Les longs stolons qu’émettent les plantes leur permettent de s’étendre rapidement. Le résultat est charmant.

L’euphorbe

Dans ce jardin étonnant en Belgique, les grandes marches de pierre de l’escalier ont littéralement disparu sous les fleurs lumineuses de ces euphorbes. Il s’agit de l’espèce Euphorbia cyparissias, appelée euphorbe petit-cyprès, sans doute pour son feuillage très fin ressemblant à un minuscule conifère. Restant bas et s’étendant par des rhizomes souterrains, cette espèce est un véritable couvre-sol. Provenant du sud-est de l’Europe, l’euphorbe petit-cyprès supporte bien les terrains secs, ce qui lui permet de s’accommoder des interstices entre les marches. La floraison printanière est impressionnante. Le feuillage bleu-vert prendra le relais et se colorera même à l’automne. Cette mise en scène est en tous cas très originale.

D’autres plantes sont capables de s’installer: l’alchémille de montagne (plus petite que Alchemilla mollis), les sedums, de petites fougères, les brunnera, la pervenche, les phlox rampants, les saxifrages …

Planter les bords d’un escalier

Un vieil escalier avec toutes ses irrégularités, n’est peut-être pas le plus sûr pour se promener mais laisse amplement la place aux fleurs. Dans ce cas la bordure est plantée dans un style cottage anglais, les plantes débordant largement sur les marches. On voit un petit oeillet rose, des nepetas bleus et le feuillage argenté de la corbeille d’argent, Cerastium tomentosum. C’est une scène de plein soleil.

Que ce soit au soleil ou à l’ombre, l’escalier est une invitation à explorer plus avant, un élément de mystère. La végétation qui cache partiellement la vue et rompt la régularité participe à ce mystère. Mousses, fougères et haies créent l’ambiance dans ces jardins de charme. Les bords plantés et les arches intègrent l’escalier dans la vue.

Planter en pots

La disposition de plantes en pot sur les marches est une solution très élégante que l’on voit dans les jardins d’inspiration italienne. Jouer la répétition a souvent le plus d’effet. Le désavantage des potées est qu’elles nécessitent généralement un arrosage régulier. Le choix de plantes grasses, comme des sedums dans ce cas, permet de limiter le travail.

Les pots rythment l’escalier et animent des cours intérieures et espaces réduits où il n’y aurait pas de verdure autrement. En situation très exposée, c’est peut-être l’occasion de s’enthousiasmer pour les mini cactus…

Du plus classique au plus contemporain, tous les styles sont possibles. Voici une proposition intéressante à l’entrée d’un hôtel. Les pensées rouges contrastent avec le vert des pots. Une fois de plus, c’est la répétition qui crée l’impact.

Les possibilités sont illimitées; un peu d’imagination et n’importe quel escalier peut prendre vie. Un espace à ne pas négliger…

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Les bords de route (3)