Les bords de route (3)

Les longs voyages en voiture sont l’occasion (pour les passagers!) de scruter le bord des routes pour identifier les fleurs sauvages. C’est une belle manière de passer le temps, moins abrutissante que les écrans… Le nouvelles pistes cyclables en site propre sont idéales pour observer la végétation. Au fil des ans, dans les pays où, comme en Belgique, on est passé à la fauche tardive et où les bas-côtés ne sont pas jonchés de détritus, les bords de route sont devenu de véritables jardins.

J’ai déjà consacré deux billets à ces belles du bord des routes, mais en voici quelques autres, admirables.

L’herbe de la Saint-Jean

Sur les talus secs et ensoleillés, particulièrement sur les sols calcaires, on verra fréquemment ces vivaces à petites feuilles pointues et aux fleurs en étoile avec des étamines bien voyantes. On lui donne de nombreux noms, en particulier herbe de la Saint-Jean ou millepertuis. Le premier nom fait référence à la date de la fête de la naissance de Saint Jean Baptiste, le 24 juin. Millepertuis, qui veut dire mille trous, provient de l’aspect des feuilles d’une espèce, Hypericum perforatum, dont les feuilles semblent percées de minuscules trous, en réalité des petites glandes translucides contenant des huiles essentielles.

De nombreuses belles variétés horticoles d’Hypericum ont été développées, vivaces et petits arbustes, avec des fleurs bien plus grandes et parfois des feuillages intéressants. Ce sont parmi les plantes les plus solides au jardin (parfois même un peu envahissantes). Cependant, même l’espèce sauvage est intéressante dans les jardins naturels, surtout pour les espaces secs.

La Saint-Jean est une fête christianisée à partir des célébrations païennes du solstice d’été. Autrefois, de grands brasiers étaient allumés dans les champs. On dansait autour et on sautait par-dessus pour fêter le soleil, s’assurer de belles récoltes et éloigner les mauvais esprits. (Avec les canicules qui nous frappent aujourd’hui, on ne rêverait pas de se retrouver autour de grands feux! )

Des bouquets secs de millepertuis étaient accrochés au dessus des portes pour chasser les démons. Etonnamment, la plante, connue pour de très nombreuses utilisations médicinales depuis l’antiquité, avait surtout la réputation de guérir les troubles mentaux, associés à une possession par des démons. On trouve le millepertuis dans des remèdes naturels contre la dépression par exemple. L’herbe est très complexe et les laboratoires mènent de nombreuses recherches sur ses propriétés. Elle a toutefois également des effets toxiques, notamment pour le bétail. Elle entraîne une photosensibilisation et peut causer des problèmes de vue. Il vaut mieux ne pas expérimenter avec le millepertuis!

La mauve

Sur les talus secs et ensoleillés le long des chemins, parfois au pied de vieux murs, vous apercevrez des groupes voyants de couleur rose à violacé. Il s’agit généralement de la mauve commune ou grande mauve, Malva sylvestris. Ces plantes qui peuvent être vivaces ou bisannuelles fleurissent longuement, de mai à septembre, et peuvent atteindre plus d’un mètre de haut. Elles s’identifient aisément par leurs fleurs à 5 pétales, variant du rose au violet, clairement marquées par des stries plus foncées. La feuille est vert foncé et lobée.

Comme beaucoup de plantes sauvages, la mauve a de très nombreuses qualités et usages. Pour ceux qui aiment expérimenter les récoltes insolites, ses feuilles peuvent être mangées crues si elles sont jeunes ou cuites comme des épinards. Les fleurs se mangent également et s’utilisent surtout séchées pour les infusions d’hiver. De fait, la plante étant mucilagineuse, elle est apaisante pour la gorge mais aussi pour l’estomac. Enfin, le petit fruit rond et cannelé, appelé ‘fromageon’ pour sa ressemblance à une petite roue de fromage, peut aussi se manger jeune.

Étant peu aventureuse dans le domaine alimentaire, j’apprécie surtout la mauve pour ses qualités xérophiles; c’est une vraie héroïne de la sécheresse. Elle est aussi très mellifère et, même sauvage, elle a toute sa place dans un jardin naturel. Il existe d’ailleurs quelques améliorations horticoles de Malva sylvestris, dont une sélection presque bleue et une dont les sties sont nettement plus marquées.

Le pois de senteur

En juin, on peut avoir la surprise de voir de magnifiques pois de senteur sauvages, généralement rose vif, s’étaler sur les talus ou grimper dans les haies. Ils peuvent former de belles taches de couleur le long des autoroutes. Les pois de senteur si parfumés et de toutes les couleurs que nous cultivons pour les bouquets, Lathyrus odoratus, sont annuelles (comme les petits pois). Par contre, les sauvages, Lathyrus latifolius, appelés aussi gesses à larges feuilles ou gesses odorantes, sont des plantes pérennes.

On peut parfaitement les cultiver au jardin, où elles reviendront vigoureusement chaque année. C’est un bon choix pour les situations sèches. Les semences sont disponibles dans le commerce. La gamme de couleurs est malheureusement limitée du blanc au rose et n’a pas toutes les nuances subtiles des vrais pois de senteur. En revanche, c’est moins de travail et les branches tiennent longtemps dans les vases. J’aime les cueillir avec les vrilles pour des bouquets plus informels.

la campanule raiponce

Il y a plusieurs campanules sauvages que l’on peut voir dans nos campagnes. Sur les talus des fossés, en sol drainé et de préférence calcaire, Campanula rapunculus est particulièrement gracieuse. Ses tiges fines, atteignant 80 cm, portent de charmantes clochettes bleu clair. L’ensemble donne une impression de légèreté. La floraison peut s’étaler sur tout l’été. Je les trouve trop gracieuses pour oser en cueillir…

Autrefois, avant l’arrivée de la pomme de terre du nouveau monde, on cultivait la raiponce en Europe pour manger sa racine charnue, ressemblant un peu à un panais.

les orchidées

Une réussite incontestable de la gestion écologique des routes est le retour en force des orchidées sauvages. Aimant le soleil, les sols pauvres et plutôt calcaires, ces beautés précieuses ont trouvé sur les talus d’autoroute leur habitat idéal. De plus, personne ne s’y aventure pour cueillir ces fleurs protégées. Je m’étonne de voir que, depuis qu’on ne tond plus, les colonies s’installent et s’étendent d’année en année, parfois sur des sites improbables.

Il y a une cinquantaine d’espèces d’orchidées sauvages en Belgique, certaines très rares. Les plus fréquentes sont l’orchis pyramidal, Anacamptis pyramidalis, l’orchis de Fuchs, Dactylorhiza fuchsii et l’orchis tacheté, Dactylorhiza maculata. L’orchis pyramidal est facile à identifier, avec ses fleurs rose vif regroupées au sommet de la hampe florale et formant plus ou moins un cône. Chez les deux espèces de Dactylorhiza, les fleurs sont distribuées de manière régulière tout le long de la tige. De couleur rose clair à rose, elles sont clairement marquées de taches et de stries rose foncé. Pour identifier clairement D. maculata et D. fuchsii, très ressemblantes, il faudrait voir les feuilles à la base de la plante, ce dont vous n’aurez pas l’occasion… Si le site est sec et calcaire, la probabilité est qu’il s’agit de fuchsii, si le sol est plutôt humide et acide, ce sera généralement maculata.

Le bord des routes est un jardin plein de diversité et débordant de vie, alors même que beaucoup de champs sont devenus pauvres. Quel dommage que dans beaucoup de régions, ce soit plutôt une décharge à ciel ouvert…

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