Le poivre rose

Le vrai poivre est la baie d’une liane originaire du Sud-Est asiatique, et en particulier de la côte de Malabar: Piper nigrum. Elle grimpe sur les arbres ou des supports. Cette épice coûteuse était déjà très recherchée dès le Moyen-Age. Le commerce des épices, et principalement du poivre, a fait la fortune de Venise qui en détenait le monopole. La volonté de briser sa mainmise a mené à la recherche de voies alternatives vers les Indes et aux grandes découvertes. Le poivre a une histoire longue et passionnante.

Les grains de poivre peuvent être noirs, blancs, verts ou rouges, mais proviennent toujours du même Piper nigrum. Le magnifique coffret de poivres exclusifs qui m’a été offert explique les différences de couleurs.

Le poivre rose ne provient en revanche pas de Piper nigrum, mais de deux arbres souvent appelés faux-poivriers: Schinus molle et Schinus terebinthifolia. Ces arbres sud-américains font partie de la famille des anacardiaceae, comme la pistache (Pistacia vera) et le lentisque (Pistacia lentiscus). Anacardo est le mot utilisé en italien comme en espagnol pour la pistache.

Le lentisque, un arbuste persistant aux jolies baies rouges, est omniprésent dans le maquis méditerranéen. Autrefois appelé schinos dans la Grèce antique, il a donné son nom au faux-poivrier, Schinus, à cause de leur ressemblance.

Les baies roses du lentisque sont également comestibles en petite quantité, mais n’ont pas bon goût. D’abord rouges, ils deviennent noirs à maturité. Je les trouve surtout utiles pour les décorations de Noël…

Schinus molle

Ce faux-poivrier ou poivrier du Pérou est un arbre originaire des Andes péruviennes et du sud de l’Amérique du Sud. Il y pousse dans des zones semi arides et jusqu’à des altitudes importantes. Molle (prononcé mojé) est son nom en Quechua. En Argentine et au Chili on le nomme aguaribay.

Ses branches sont fines et retombantes. Elles portent des feuilles composées, alternes, avec de nombreuses folioles étroites. Les feuilles froissées dégagent une forte odeur poivrée. Des grappes de petites fleurs blanches, peu voyantes, apparaissent au bout des branches. A la fin de l’été, celles-ci auront produit des baies roses, très décoratives. Elles ont un goût subtil, fruité, résineux, très différent du poivre. C’est le moment de les cueillir pour les consommer fraîches ou séchées. On les utilise souvent simplement comme décoration pour des plats de poisson ou broyées pour relever du fromage frais par exemple. Il faut cependant éviter d’en consommer beaucoup car ces baies peuvent avoir une certaine toxicité.

Attention! Vu leur parenté botanique, les personnes allergiques aux noix de cajou peuvent l’être aussi aux baies roses!

Schinus molle est un arbre très élégant par sa légèreté et sa couleur vert pâle. Ses branches légères sont animées par la moindre brise. Il offre une certaine ressemblance avec un saule pleureur. Comme ce dernier, il rejette facilement du tronc et, dans les pays andins où le bois de chauffage est rare, il est d’ailleurs utilisé comme nos saules têtard.

Il supporte bien la taille, ce qui permet de lui donner une forme harmonieuse et de remonter les branches qui retombent trop bas.

L’arbre a l’avantage de pousser très vite et peut atteindre jusqu’à 15 mètres de hauteur. Il est parfaitement résistant à la sécheresse. Sa rusticité se situe autour de -5°C en situation ensoleillée et bien drainée. C’est généralement suffisant pour les jardins méditerranéens. Persistant, il peut perdre ses feuilles en cas de gelées.

Son défaut est d’avoir des racines superficielles qui peuvent soulever les dallages. Malgré son charme évident, il ne convient donc pas comme arbre parasol pour une terrasse, ni comme arbre de rue.

Sa magnifique écorce couleur cannelle est un atout supplémentaire. Quand on coupe une branche, une résine blanche opaque coule de la blessure, puis se solidifie. Tant l’écorce que cette résine étaient utilisées en médecine traditionnelle par les peuples indigènes. La résine était mastiquée mais également utilisée pour l’embaumement des rois Incas. Cependant, ce sont surtout les feuilles et les baies dont on faisait des décoctions à usages multiples. Le faux-poivrier contient des composantes très intéressantes qui font l’objet de recherches actuelles.

 

Schinus terebinthifolia

Il y a 34 espèces connues de Schinus, mais ce sont principalement ces deux-ci qui nous sont connues comme arbres ornementaux.

Photographié sur un terrain de golf au Maroc et couvert de fruits, Schinus terebenthifolia est un arbre ornemental intéressant. Il atteint une dizaine de mètres de haut mais est souvent utilisé comme arbuste. Son origine est tropicale ou subtropicale, provenant du Brésil, du Paraguay et du nord de l’Argentine. On parle de faux-poivrier du Brésil pour le distinguer du précédent. Il est très versatile et pousse aussi bien sur le sable qu’en zone marécageuse. Sa rusticité est comparable à S. molle mais, comme toujours, meilleure en situation sèche.

Le défaut majeur de ce bel arbre est qu’avec sa capacité de rejeter des racines et de se ressemer par ses graines abondantes, il est considéré comme invasif. Il est même interdit de plantation en Floride, en Australie et en Afrique du Sud.

Le feuillage de ce faux poivrier est plus foncé et les folioles sont plus larges et ovales, marquées de veines jaunes. Le froissement des feuilles dégage une forte odeur de térébenthine, d’où le nom. Les fruits sont généralement plus abondants, en grappes denses. Tout en étant comestibles comme baies roses, il semblerait que le risque d’allergie soit plus important chez cette espèce.

L’écorce de Schinus terebinthifolia n’a pas la belle couleur et texture de molle. L’arbre a une croissance vigoureuse et parfois désordonnée. Il faut intervenir pour supprimer les branches intérieures et celles qui se croisent. L’espèce est parfois cultivée comme arbuste, pour constituer un rempart au vent.

Toujours est-il que ces deux espèces de faux-poivriers ont leurs mérites pour affronter la chaleur et la sécheresse qui semblent devenir notre lot.

 

Votre faux-poivrier ne produit pas de baies? Pas de chance, vous avez sans doute un arbre mâle, ou un arbre femelle sans mâle dans les environs. Tout comme les pistachiers, ces arbres sont dioïques, les fleurs mâles et femelles étant portées par des arbres différents. Pour les baies, il faut donc s’assurer d’avoir acquis des spécimens femelles, avec au moins un mâle à proximité.

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Tout beaux sans eau, en août