Tout beaux sans eau, en août
Suite aux longues périodes de sécheresse et de canicule, les plantes de nos jardins tempérés tirent la langue et souffrent. Nous n’avions pas prévu ces conditions extrêmes au moment de les choisir. En revanche, dans mon jardin dans le sud des Pouilles, j’avais fait le choix dès le départ d’un jardin sans arrosage et ai cherché à y implanter des espèces parfaitement adaptées au climat méditerranéen. En plein mois d’août, alors que les températures ne sont pas descendues en dessous de 30 degrés depuis fin mai et que seuls deux orages brefs ont apporté de l’eau à la terre, la végétation est luxuriante. Voici les plus belles floraisons.
L’arbuste le plus spectaculaire à mon sens est sans aucun doute Leucophyllum. J’en ai deux espèces, Leucophyllum frutescens, violet intense et Leucophyllum langmaniae, d’un mauve plus doux sur fond de feuillage gris. Leucophyllum vient de deux mots grecs et signifie à feuille blanche. La floraison est impressionnante car elle couvre littéralement toute la plante. Elle intervient à plusieurs reprises entre fin juillet et octobre, de façon assez mystérieuse, comme une explosion. Il semblerait que cette production massive de fleurs se produirait quelques jours avant l’arrivée d’un orage ou d’une pluie, raison pour laquelle on parle parfois de plante baromètre. Ce phénomène s’explique par l’aptitude du genre à survivre dans le désert.
En anglais, le nom commun est sauge du Texas, bien qu’il n’y ait aucun lien avec les sauges. Le genre est cependant bien originaire du SW des USA et du Mexique et supporte l’aridité de même que les embruns salés et des températures négatives. Par contre il lui faut un sol réellement drainant. On peut parfaitement tailler ces arbustes en haies. Comme la floraison se fait sur toute la surface, la taille ne la sacrifie pas. Il existe une petite douzaine d’espèces, malheureusement très peu répandues chez nous. Je rêve encore de trouver Leucophyllum candidum…
La deuxième star d’août est Duranta erecta, dont le nom me fait sourire car ses branches sont joliment retombantes. Duranta repens est un synonyme alors que la plante ne rampe pas et en français on parle de vanillier de Cayenne, ce qui tout à fait trompeur. Les fleurs auraient un léger parfum de vanille peu perceptible mais visiblement extrêmement attrayant pour les pollinisateurs et les papillons. Le nom scientifique rend hommage à un botaniste italien du nom de Castore Durante. Ici aussi, nous avons un arbuste originaire du sud des USA et du Mexique. Son introduction en Europe remonte cependant déjà au XVI ème siècle.
L’arbuste a un beau feuillage persistant vert vif et atteint les 3 mètres de haut. Il est extrêmement vigoureux et je le taille sévèrement après l’hiver pour le garder compact. Il produit alors de longues branches arquées. Les panicules parsemées de nombreuses petites fleurs apparaissent au bout des branches à partir de fin juillet. Elles sont ensuite suivies de petites baies orange, très décoratives dans les bouquets.
L’espèce de base de Duranta erecta a des fleurs violettes avec un petit liseré blanc. ‘Alba’ est la sélection à fleurs blanches. Les sites américains proposent des cultivars à feuillage doré ou panaché, et des fleurs bleu pâle, mais ces plantes ne sont pas trouvables chez nous. Dommage, car ce bel arbuste persistant, fleurissant en fin d’été, résistant à la sécheresse et à des gelées modérées, est vraiment précieux.
Pour une floraison quasi continue malgré la chaleur et le manque d’eau, rien ne vaut le plumbago. Son bleu azur, son feuillage vert clair et son port gracieux font merveille. On a le choix entre le bleu pâle ou plus soutenu (mon favori) ou le blanc.
Cet arbuste est originaire de la région du Cap en Afrique du Sud et est peu rustique. Il peut être utilisé comme petit grimpant sur un support ou en le laissant s’enfiler dans d’autres plantes ou en arbuste. Pour obtenir la masse compacte ci-dessus, je rabats la plante à une vingtaine de centimètres du sol après l’hiver. Plumbago auriculata peut aussi se cultiver en pot mais dans ce cas un arrosage devient nécessaire.
Ceratostigma plumbaginoides appartient à la même famille mais est originaire de Chine. Son avantage est qu’il est tout à fait rustique, jusqu’à au moins -10°C. Il s’agit d’un couvre-sol qui s’étend par rhizomes et aime les sols bien drainés. Je constate qu’il supporte bien la sécheresse, même s’il est plus fourni si les pluies sont plus régulières. Les petites fleurs, d’un bleu exceptionnel, apparaissent au milieu de l’été et se relaient jusqu’à l’automne.
Toujours dans les floraisons estivales, Alyogyne huegelii, que l’on appelle communément hibiscus bleu, est une plante à adopter absolument. Ce grand arbuste, à la feuille finement découpée, est persistant. Les fleurs en spirale ne durent qu’un jour mais se succèdent en août et en septembre. La corolle large, avec les étamines au centre, fait penser au fleurs d’hibiscus. Alyogyne fait aussi partie de la famille des malvacées, tout comme l’hibiscus. Originaire de terrains sablonneux de la côte australienne, cette plante remarquable affronte sans aucun problème la sécheresse et des chaleurs caniculaires.
Une bonne taille après la floraison permet de lui garder une forme harmonieuse.
Toutes ces magnifiques floraisons sont bleues, une couleur très présente chez les plantes amatrices de soleil. Il y a toutefois aussi des possibilités dans les couleurs éclatantes, les bougainvillées par exemple, ou la vaste gamme des lantaniers.
Lantana camara est originaire des Caraïbes, et à ce titre, plutôt frileux. La plante perd ses feuilles en hiver et peut être sévèrement taillée, ce qui lui permet de supporter un gel léger. La floraison est quasiment continue pendant toute la saison des vacances. Il y a un large choix de couleurs avec des bicolores intéressants. Certaines sélections sont rampantes, comme ce formidable couvre-sol jaune. D’autres forment de gros buissons ou de petites plantes compactes. On peut même les faire grimper un peu. Malgré ses origines tropicales, le lantanier supporte parfaitement les longs étés sans pluie.
Les murs ne manquent pas de couleur non plus au mois d’août! Outre les bougainvilliers qui peuvent fleurir vers la fin de l’été, d’autres belles lianes sont à leur maximum en août. Souvent d’origine tropicale, il leur faut même quelques mois de chaleur pour fleurir. Je rappelle qu’aucune de ses plantes ne bénéficie d’eau autre que ce qui tombe du ciel…
Campsis radicans, communément appelée bignone, déploie ses grappes de fleurs en forme de trompette rouge feu. Cette plante américaine grimpe en s’attachant par des petites racines qui se développent sur les tiges (d’où l’épithète radicans). Les fleurs sont suivies par de longues gousses vertes. La présence simultanée des fleurs et des gousses est très décorative. Pour ceux que le rouge rebute, il existe des sélections orange ou jaune. Le nouveau climat belge lui convient tout à fait.
On parle aussi de bignone rose pour une autre liane magnifique, originaire d’Afrique du Sud, Podranea ricasoliana. Elle produit de belles grappes de trompettes rose pâle. Son feuillage n’est persistant que dans les climats réellement doux et le gel en dessous de 3 ou 4 degrés lui sera fatal.
Toujours dans la famille des bignoniacées, mais venant d’Australie cette fois, Pandorea jasminoides ou bignone faux-jasmin, est peut-être la plus raffinée des lianes. Ses pétales blancs soudés en coupe, avec un coeur rose, sont très délicats et se détachent sur un feuillage vert luisant. Plantée en pleine terre, cette grimpante est relativement tolérante à la sécheresse, mais moins que les Campsis. En revanche elle a nettement besoin de chaleur et de soleil pour fleurir. Elle est tout à fait gélive et pour cette raison souvent cultivée en pot.
Enfin, les merveilleuses passiflores, dont il existe de nombreuses variétés, peuvent recouvrir les pergolas en été.
Ces quelques exemples montrent qu’un jardin sec sous un soleil de feu peut parfaitement être luxuriant et fleuri. Et encore, je n’ai détaillé ici que les floraisons les plus impressionnantes.
Dans les jardins du nord en revanche, qui n’ont pas été plantés pour ces conditions climatiques, la situation est nettement moins réjouissante. Si l’été 2026 a été rude, 2022 l’était déjà. Voici un rappel d’un billet de cette année là.
Fort heureusement, certains arbres et arbustes semblent peu affectés par la sécheresse. Ce seront un jour les piliers de nos jardins.