A l’assaut des façades

Verdir la ville est un but louable pour beaucoup de raisons. Dans les rues étroites où les arbres manquent, envoyer des plantes grimpantes à l’assaut des façades est une solution intéressante, apportant fraîcheur, couleur et biodiversité. A Bruxelles, certaines communes font plus qu’encourager ces plantations: elles mettent à disposition des agents des services publics pour enlever le demi-mètre de pavés nécessaire pour faire un trou!

Toutes les plantes grimpantes ne conviennent toutefois pas pour cette usage et certaines demandent un contrôle et un entretien important. Alors, que choisir parmis les diverses grimpantes, lianes et volubiles ?

Commençons par une grimpante qui suscite beaucoup de débats: le lierre. Planté au pied d’un mur, il s’élève tout seul en s’agrippant par de solides crampons. Une structure de support n’est donc pas nécessaire. Certains l’accusent de détruire les murs. Ce n’est vrai que si le mur est en mauvais état ou mal rejointoyé. En revanche, si on le laisse monter jusqu’à la gouttière ou le toit, le lierre est capable de soulever les tuiles. On l’accuse aussi de créer de l’humidité dans la maison. Ce serait plutôt le contraire; les feuilles se superposent comme des tuiles et protègent de la pluie et des éclaboussures tout en créant une couche d’isolation.

Il faut cependant absolument contrôler le lierre pour qu’il n’envahisse pas les fenêtres notamment. Ceci devra se faire plusieurs fois par an. Dès lors, il vaut mieux le maintenir à une hauteur gérable. Pour cacher un mur aveugle ou une base peu esthétique, le choix est idéal.

Plutôt que le Hedera helix de base vert foncé, choisissez des sélections à feuilles panachées ou à feuilles plus découpées, décoratives, lumineuses et moins vigoureuses.

Muni lui aussi de racines aériennes qui l’attachent solidement aux murs, l’hydrangea grimpant est une plante de charme, particulièrement au moment de sa floraison en mai. Hydrangea anomala ‘Petiolaris’ est effectivement une anomalie dans le genre, pouvant atteindre 15 m de haut. Un atout important de cette grimpante est qu’elle supporte l’ombre et la mi-ombre. Elle s’accommode parfaitement d’un mur nord, ce qui est appréciable en ville. Une structure ligneuse se forme peu à peu, visible l’hiver quand les feuilles sont tombées. Les pousses vers l’avant peuvent atteindre 1 m mais peuvent être taillées si nécessaire. Comme pour le lierre, la croissance autour des châssis et vers le toit devra être contrôlée.

Dans cette rue en pente du vieux quartier des Marolles à Bruxelles, une renouée grimpante, Fallopia aubertii, est du plus bel effet sur le mur peint. Cette grimpante caduque est très vigoureuse et s’agrippe à son support. Il faut lui fournir quelques fils ou un treillis pour la guider. Sa longue floraison en épis blancs, de l’été à octobre, fait le bonheur des insectes. Très rustique et tolérante de tous les sols et toutes les expositions, elle se contente, comme vous pouvez le voir, d’un trou minimal. Une taille sévère limitera l’invasion. Cette renouée grimpante est souvent utilisée pour couvrir les murs anti-bruit le long des autoroutes.

Pour un feu d’artifice automnal vous pouvez opter à vos risques et périls pour une des nombreuses vignes vierges, spectaculaires mais quasiment indomptables. Elles appartiennent au genre Parthenocissus, nom qui provient du grec ancien parthenos (vierge) et kissos (lierre).

Parthenocissus quinquefolia est la vigne vierge de Virginie, à 5 folioles. La fleur est insignifiante, mais les couleurs d’automne de son feuillage délicat sont étonnantes. Ils y a des sélections aux noms parlants comme ‘Yellow Wall’ ou ‘Red Wall’.

Parthenocissus tricuspidata est la vigne vierge japonaise, à feuille plus grande, capable d’envahir une maison entière en s’agrippant par des ventouses au bout de ses vrilles.

Beaucoup rêvent de la beauté incomparable d’une glycine, ignorant sans doute les velléités conquérantes de cette liane étrangleuse. Pour obtenir une floraison abondante il faut une taille très stricte et un minimum de savoir-faire. Sortir de grandes échelles sur le trottoir pour dompter la bête n’est pas une sinécure. Avec les résultat que l’on voit le plus souvent des glycines hors de contrôle, étranglant les gouttières et déformant les balcons…

Le maître achat pour les façades citadines est probablement le faux jasmin, Trachelospermum jasminoides. Cette plante volubile chinoise combine de nombreux atouts: le feuillage fin est persistant, la floraison estivale est divinement parfumée et la coloration automnale rouge est d’autant plus étonnante que les feuilles ne tombent pas. Il suffira de tendre quelques fils solides verticaux et horizontaux pour que la plante s’installe en enroulant ses jeunes pousses. Elle est capable de s’entortiller toute seule autour de la gouttière ou d’un paratonnerre qui la portera jusqu’au toit! La taille permet de maintenir une forme bien ordonnée. Considérée plutôt comme une plante du sud, supportant chaleur et sécheresse, Trachelospermum s’est parfaitement acclimaté dans les situation chaudes et protégées de nos villes plus nordiques.Vous ferez le bonheur de vos voisins en embaumant toute la rue.

D’autres plantes volubiles profiteront d’une gouttière pour grimper: le chèvre-feuille, la clématite montana, Akebia quinata

Le jasmin officinal, convient également en position abritée sur un mur sud et embaume merveilleusement les soirs d’été. Son feuillage est par contre caduc.

Une alternative intéressante et tout à fait rustique est le jasmin d’hiver, Jasminum nudiflorum. Comme son nom l’indique, il fleurit sur le bois nu, et ce dès janvier. Il n’a malheureusement pas de parfum, contrairement aux autres jasmins, mais cette cascade de petites fleurs or a tout pour réjouir les passants. Il faut palisser la plante au départ, puis elle se lignifie et il suffit d’une taille après la floraison pour la maintenir aux dimensions souhaitées. Ce jasmin d’hiver est costaud et très peu exigeant, inratable en somme.

Parmi les feuillages persistants il y a des choix moins courants mais très gérables.

  • Le fusain rampant, Euonymus fortunei, peut également se palisser. Il s’enfile facilement dans un treillis, puis se lignifie. Les feuillages panachés de crème ou de jaune sont très lumineux. De petites fleurs peu visibles mais très mellifères sont produites en juin.

  • Muehlenbeckia complexa est le cache-misère idéal! Cette plante de Nouvelle-Zélande peut être utilisée comme couvre-sol mais grimpe tout aussi volontiers. Ses fines tiges brunes portent de toutes petites feuilles rondes. Si on lui fournit un support, les tiges volubiles s’y enroulent toutes seules. De la sorte, le Muehlenbeckia est une solution idéale pour cacher une gouttière: il suffit de l’entourer d’un treillis de poule comme support. Pour avoir un résultat aussi net que sur la photo, il faut tailler les pousses.

  • Le Pyracantha est un arbuste facile à palisser tant à la verticale qu’à l’horizontale. Mal-aimé parce qu’il est très épineux, le buisson ardent comme on l’appelle communément est intéressant à plus d’un titre: il est persistant, produit une jolie floraison blanche en mai et se couvre de baies rouges, oranges ou jaunes à l’automne. Il fait le bonheur des merles qui raffolent des baies et y construisent volontiers leur nids.

Il y a enfin les roses grimpantes, splendides même si leur moment de gloire ne dure qu’un mois. Elles nécessitent plus de soin et un palissage annuel dans les règles de l’art pour obtenir une belle floraison. Quelques clous bien placés suffisent pour attacher les branches principales. Les rameaux doivent ensuite être guidés le plus possible à l’horizontale. Le choix est illimité, tant pour les couleurs, la taille des fleurs et la vigueur. Certains rosiers sont remontants et fleurissent une seconde fois. D’autres produisent de jolies baies, un atout pour l’hiver. Certaines sont parfumées, d’autres à peine. Trouver le rosier grimpant de ses rêves dans un catalogue demande un peu de patience!

Un petit trou, quelques pavés retirés, quelques crochets dans le mur et une belle grimpante peut donner vie à une rue. Si chacun s’y met cela peut faire une différence. La brique n’est pas sacrée après tout!

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