Le romantisme des pleureurs
Le saule
L’arbre pleureur que nous connaissons tous est bien entendu le saule. Venu de Chine où il est connu depuis plus de 2000 ans et apparaît dans les estampes et les poèmes, il a progressé vers l’ouest en suivant la route de la soie, atteignant l’Europe vers le milieu du 18ème siècle. Linné lui donna le nom de Salix babylonica par référence à la bible où l’on parle de saules au bord du fleuve Babylon (apparemment une erreur d’ailleurs, car les spécialistes prétendent que ce seraient des peupliers…). Toujours est-il que cette nouveauté connut un engouement immédiat, facilité par le fait que la plante se bouture avec la plus grande facilité.
Bientôt le saule pleureur apparût dans les jardins dits anglo-chinois de la fin du 18ème siècle, de préférence au bord d’un étang ou même sur une île construite pour l’exposer. Les jardins pittoresques du 19ème prirent la relève et on le trouve dans presque tous les parcs et les ambiances romantiques comme le jardin de Monet.
Même les jardins les plus contemporains, comme celui du Musée Suzuki à Kanazawa vont poursuivre la tradition. Qu’y a-t-il en effet de plus souple et changeant que le reflet d’un saule dans un bassin?
L’enthousiasme est bien entendu dû à la forte charge symbolique de ces branches pendant comme des cheveux et évoquant des pleurs. C’est l’arbre de la tristesse, du deuil, de la séparation et du souvenir.
Les grands poètes du romantisme s’en sont saisi et l’ont immortalisé. Alfred de Musset composa Le Saule en 1831 après sa rupture avec Georges Sand.
Là, mes amis, quand je mourrai, Plantez un saule au cimetière. Et que ses rameaux, pleins d’une lente langueur, Se penchant au-dessus de ma tombe, Cherchent, en pleurant, parmi les fleurs Qui naîtront sur mon tombeau, Les pleurs qu’il répandra dans mon cœur.
Actuellement, le saule pleureur le plus planté est un hybride horticole, Salix x sepulcralis ‘Chrysocoma’. Le nom du cultivar provient du grec et veut dire ‘à la chevelure dorée’, un nom très approprié car, à l’automne quand les feuilles colorent ou l’hiver quand les brindilles sont jaunes, on a bien l’impression de cheveux d’or agités par le vent.
Attention toutefois: ce saule devient un arbre de grande taille. Son principal défaut est d’être très cassant; de lourdes branches sont parfois complètement arrachées par le vent. Ceci fait sans doute partie de la stratégie reproductive des saules. Dans leur habitat naturel au bord des cours d’eau, les crues ou les vents arrachent des rameaux qui s’enracinent aussitôt dans la boue, permettant à l’espèce de coloniser les berges sur de grandes distances. Evitez donc de planter à un emplacement exposé. On voit parfois des saules taillés comme des moignons pour éviter la casse mais cette solution leur enlève toute leur beauté.
Le cèdre de l’Atlas
Les arbres pleureurs proviennent d’une mutation très rare qui fait pousser les branches vers le bas. Dans un certain nombre de cas, on peut remonter à un seul mutant. C’est le cas des cèdres bleus de l’Atlas pleureurs: ils remontent tous à cet exemplaire extraordinaire que j’ai eu la chance de voir dans l’Arboretum de la Vallée des Loups en France. La mutation fut découverte en 1873 dans une pépinière à Sceaux et le cèdre transplanté dans l’Arboretum au bord d’une pièce d’eau en 1895.
Ce Cedrus atlantica f. glauca ‘Pendula’ est un champion: 4,90 de circonférence de tronc et 710 mètres carrés de ramure environ.
Il faut donc se rendre à l’évidence qu’un cèdre pleureur ne convient pas pour un petit jardin. Pourtant, voici ce que je vois dans ma rue!!! Je crains que les pépiniéristes n’informent pas toujours leurs clients…
Le hêtre
Le hêtre pleureur, Fagus sylvatica ‘Pendula’, provient sans doute aussi d’un mutant unique et a été reproduit à partir de la fin du 18ème siècle. Cela se fait toujours par greffe ou bouturage car un semis de pleureur ne donne par des pleureurs. Dans ce cas également, il s’agit de spécimens qui peuvent atteindre des tailles considérables et nécessitent les coudées franches dans un parc.
La coloration automnale et la structure très tourmentée de l’arbre dépouillé sont ses grands atouts.
Le bouleau
Betula pendula est une espèce de bouleau qui n’est pas un vrai pleureur. Pour avoir le vrai bouleau pleureur, très similaire par son port et sa ramure très fine à un saule, il faut choisir le cultivar ‘Youngii’, produit au Royaume-Uni à la fin du 19ème. Ce magnifique bouleau dont le feuillage automnal est tout jaune, devient cependant un arbre de très grande taille, au port assez désordonné. Le cultivar bien nommé Betula pendula ‘Tristis’ ne dépasse en revanche normalement pas les 5 mètres. Il forme une jolie fontaine verte. On le voit parfois taillé en parasol. Son tronc reste bien blanc.
Le mûrier
Morus alba ‘Pendula’, le mûrier blanc pleureur, forme une fontaine verte charmante. Ses fruits sont délicieux. et beaucoup plus accessibles pour la cueillette que ceux du mûrier ordinaire qui devient fort grand. La structure entortillée des branches qui se révèle en hiver en fait une véritable sculpture.
On peut facilement lui trouver une place dans un potager. J’en ai planté une paire à l’entrée d’une partie du jardin d’inspiration médiévale.
L’arbre à caramel
Parmi les pleureurs ornementaux de taille raisonnable, mon grand favori est Cercidiphyllum japonicum ‘Pendulum’. On l’appelle communément arbre à caramel parce que les feuilles tombées dégagent une odeur de caramel en pourrissant.
Les feuilles en forme de coeur, d’un vert lumineux au printemps, virent à l’or en fin de saison. Planté au bord de l’eau on profite de son reflet.
L’arbre est naturellement gracieux en toute saison et ne demande aucune taille.
Le cerisier
Dans les cerisiers du Japon, l’un ou l’autre à port retombant a bien sûr été sélectionné et au Japon on peut voir des exemplaires séculaires. On vous proposera le plus souvent Prunus serrulata ‘Kiku-shidare-sakura’ à fleurs très doubles rose vif. Il finit par former une énorme jupe rose Barbie qui ne s’intègre pas facilement dans le paysage.
Prunus subhirtella ‘Pendula Rubra’ et ‘Pendula Rosea’ à fleurs roses ou Prunus x yedoensis ‘Ivensii’ à fleurs blanches sont des cerisiers à petites fleurs nettement plus gracieux qui méritent d’être commandés.
L’abricotier du Japon pleureur, Prunus mume ‘Pendula’, a le grand mérite de produire ses fleurs roses sur le bois nu dès le mois de janvier. Par une journée d’hiver clémente son parfum merveilleux embaume l’air à la ronde.
d’autres encore…
Planté au bord de l’eau, le cyprès chauve Taxodium distichum ‘Cascade Falls’ est un vrai pleureur très élégant. Il ne restera pas à l’état de petit monticule toutefois… La couleur bronze automnale typique des cyprès chauve change le décor.
Nyssa sylvatica ‘Autumn Cascade’, que j’ai planté au bord de l’étang il y a quinze ans, n’est pas tout à fait convainquant comme pleureur. Il a peut-être l’avantage de rester plus petit que l’espèce type mais n’est pas particulièrement retombant. Si sa coloration est lumineuse, elle n’atteint jamais la belle couleur rouge de certains Nyssa.
Bien que la mutation soit rare, d’autres genres d’arbres ont aussi leur version ‘Pendula’, le frène, le Sophora etc. On ne peut en avoir beaucoup dans son jardin et l’emplacement doit être choisi judicieusement. Mieux vaut avoir vu un exemplaire adulte dans un arboretum avant d’en introduire un chez soi; ils peuvent aller du joli monticule ordonné à une montagne géante et hirsute!