la beauté
Certains considèrent le potager comme un espace purement productif, de second rang dans leur propriété. Au contraire, ce lieu où poussent légumes, fruits, plantes aromatiques et fleurs à couper, peut être très attractif. Un point d’eau, une serre, quelques structures, quelques pots, des arbres palissés, en font tout de suite un endroit de charme. Les anglais utilisent d’ailleurs le terme potager pour cet ensemble conçu pour l’esthétique, utilisant le mot vegetable garden, beaucoup moins chic, pour les carrés de légumes. Je constate que, lors de visites chez moi, le potager est souvent considéré comme le clou de la promenade.
la santé
Éviter les pesticides, les fongicides et les engrais chimiques est bien entendu le plus grand avantage de contrôler la production de ses propres aliments. En nourrissant la terre par du compost, en procédant à une rotation des cultures et en accueillant des pollinisateurs, on peut obtenir des récoltes très valables. Il y aura bien entendu des variations dans le taux de réussite d’une année à l’autre. Il faudra accepter de ‘partager’ un peu avec quelques limaces, chenilles et mulots, mais avec un peu de vigilance on limitera les dégâts.
Dans ce panier on voit la cueillette pour la ratatouille: quelques courgettes, une aubergine et deux poivrons, de l’ail, des oignons rouges, des tomates cerises et quelques belles feuilles de basilic pourpre. Ces légumes plutôt méditerranéens, quand ils sont proposés dans les grandes surfaces, sont généralement cultivés en serre, n’ont aucun goût et ont été abondamment pulvérisés s’ils ne sont pas bio.
la résilience
Dans les moments tourmentés, comme on l’a vu pendant la pandémie, il est assez rassurant d’avoir ses propres réserves. Un certain nombre de produits sont faciles à garder en cave tout l’hiver. Les butternut, potimarrons et potirons sont enfantins à produire et, à conditions de bien les durcir au soleil avant de les ranger, ils se conservent tout l’hiver. Les pommes de terre, les patates douces, l’ail et les oignons sont également des légumes de garde. Certaines cultures, comme l’oseille, sont perpétuelles et on les a toujours à portée de main.
Etre capable de produire sa nourriture, autrefois une évidence, ne l’est plus aujourd’hui pour la grande majorité des gens. Développer cette capacité donne de grandes satisfactions.
les primeurs et les légumes extra fins
Dans le commerce, il n’est généralement pas rentable de vous vendre des légumes extra-fins; c’est trop de travail pour trop peu de poids. Les petits pois sont l’exception car leur récolte et leur tri peut être mécanisé. Les petits pois extra fins surgelés sont un délice et là, j’avoue que ma patience pour écosser a des limites… En revanche, les haricots verts tout fins, les premiers fenouils, les pousses latérales des asperges vertes et les poireaux de l’épaisseur d’un crayon sont des délices incomparables!
Une petite serre permet de planter quelques légumes en pleine terre dès février. Des mélanges jeunes feuilles de laitues, des épinards, des radis, de la mâche ou du cerfeuil sont attendus avec impatience à la fin de l’hiver. La roquette, restant en place d’année en année, produit abondamment. Tout cela à un moment où on a grand besoin de vitamines et où la famille n’en peut plus des potirons!
les légumes insolites
Une des ambitions de tout horticulteur amateur est de produire des variétés qui ne se trouvent pas dans le commerce. Les bons semenciers proposent une vaste gamme de sélections à expérimenter. Le résultat, comme on le voit dans cette mosaïque, est autrement plus varié et coloré que ce que l’on trouve dans les étals. Or, la couleur, ce sont des nutriments importants pour la santé, les antioxydants par exemple. On voit ici des haricots nains et ramants violets, des radis d’hiver fluos, des choux marins, des courgettes de trois couleurs, des blettes flamboyantes, des tomates cerises variées et des brocoli à jets violets. Il y a de quoi s’amuser!
des salades en toute saison
Le croquant de quelques feuilles fraîchement cueillies est incomparable! Les fruits et les fleurs permettent de composer des salades très appétissantes.
Dès la sortie de l’hiver, les petites violettes sauvages décorent les petites feuilles de cressonnette, de roquette, de mâche, de chou perpetuel, de moutarde frisée pourpre et de claytone de Cuba.
Au printemps, ce sont les premières laitues, les jeunes feuilles d’épinards et de bettes, décorées avec les fleurs de ciboulette, de radis et de bourrache.
La salade de plein été est un classique à l’italienne: roquette et tomates cerises avec pignons et graines de courge (achetées…)
Enfin pour l’automne, les dernières laitues, endives et mâche sont servies avec les figues, pommes et noix du jardin. Les figues qui mûrissent tard sont moins douces mais excellentes pour cet usage. On peut y ajouter du fromage de chêvre.
les fleurs comestibles
Les fleurs comestible sont le luxe absolu; très fragiles, elles ne se vendent pas et doivent se consommer aussitôt cueillies. Nous voyons ici de la bourrache poussant parmi les capucines, des soucis, des fleurs de courgette et de la ciboulette. Les courgettes doivent être plantées chaque année, mais la ciboulette est vivace. Les soucis, les capucines et la bourrache se ressèment au même endroit chaque année, n’impliquant pas de travail.
les fleurs à couper
Si l’espace est suffisamment grand, le potager sera l’endroit idéal pour cultiver des valeurs sûres pour les bouquets comme les dahlias. Leurs tubercules devant être sortis pour l’hiver puis replantés au printemps; ils suivent le régime des pommes de terre. De plus, les jeunes pousses seront plus faciles à protéger des limaces que dans un parterre. On peut les couper sans modération, car plus on les coupe, plus il en vient.
Une planche peut être réservée aux tulipes à couper. Comme pour les dahlias, les tons sont choisis en fonction de son intérieur et le mélange de couleurs est moins choquant au potager qu’au jardin.
Diverses belles annuelles peuvent être semées en ligne parmi les légumes: les pois de senteur sur une clôture, les zinnias, les tagètes, les tournesols…
les petits fruits
Le goût des fruits mûris en pleine terre et en plein soleil est incomparable et n’a rien à voir avec ce que l’on trouve en raviers dans un supermarché. Les fraises que l’on cultive soi-même et que l’on cueille encore chaudes en juin, ont un goût de confiture. Chaque variété est différente de goût. Les framboises, les groseilles et les cassis sont les grands classiques. Les mûres de jardin, sans épines, font des desserts délicieux. On peut s’aventurer plus loin avec les myrtilles, les framboises du Japon (fruit de Rubus phoenicolasius dont les tiges sont couvertes de poils rouges), les camérises (fruits de Lonicera kamtschatica) et d’autres. La plupart de ces arbustes sont de culture facile, restant en place des années.
L’initiation des enfants
On s’imagine mal combien, même à la campagne, les enfants sont déconnectés de la nature. Ils reconnaissent un nombre très limité de fruits et de légumes mais de plus, n’ont aucune idée de comment ils poussent. Leur faire découvrir ce qui pousse sous terre ou sur des arbustes, ce qui se mange cru ou cuit, est élémentaire. Ils sont pleins de curiosité et adorent ces découvertes! C’est la dixième et peut-être la meilleure raison d’aménager un potager. Voici quelques dessins souvenirs d’enfants de 10-11 ans qui sont venus en visite avec l’école locale néerlandophone.
Il n’y a pas que les enfants qui apprennent. Cultiver un potager est un apprentissage continuel. On essaie de nouvelles associations, des variétés nouvelles, des méthodes alternatives… On ne cultive plus la terre comme on le faisant autrefois, se cassant le dos pour bêcher toutes les planches et y incorporer des tonnes de fumier.
Si l’aventure vous tente, même sur quelques mètres carrés, il faut s’y mettre maintenant pour être prêt pour le printemps: délimiter les planches et les chemins, clôturer contre les lapins, aménager un point d’eau … La terre peut ensuite être couverte d’une épaisse couche de paille ou de feuilles pour éliminer les adventices et ameublir le sol. Dès mars, on démarre!