Les tisanes maison

Lea anglais nous ont donné le goût du thé, ce breuvage dont les chinois ont détenu le secret et le monopole pendant des millénaires. Dans le reste du monde, on buvait des décoctions et infusions de tout ce qui était disponible dans nos bois et nos prairies. Pourquoi sommes-nous passés au thé de Chine, produit à partir de la feuille de Camellia sinensis, le camélia de Chine?

Aucune boisson n’a eu des conséquences géopolitiques aussi importantes, dévastatrices même. Avant de parler de nos douces infusions de tilleul, de verveine ou de menthe, voici quelques éléments de l’histoire passionnante du thé. Les premiers ballots de thé que la Compagnie des Indes Orientales britannique importa à la fin du 17ème siècle, dans le cadre du commerce des épices, n’intéressa pas grand monde. Les britanniques avaient l’habitude de consommer essentiellement de la bière, matin, midi et soir. On se rendit rapidement compte des effets stimulants du thé, qui contient de la caféine. Or, l’arrivée de révolution industrielle et du capitalisme allaient bientôt exiger des travailleurs alertes et productifs et non plus imbibés pour actionner des machines dangereuses pendant de longues heures et faire des calculs précis. Le thé (comme le café) se révélèrent des drogues idéales. Dès 1800, le thé avait inondé le marché anglais. Pour compenser leurs importations massives, les britanniques se mirent à vendre de l’opium aux chinois, ce qui déclencha la guerre de l’opium et plus tard la guerre des Boxers.

Le problème était que les chinois gardaient jalousement le secret de leur thé. Pour réduire les coûts de cette denrée de luxe, les anglais voulaient le produire dans leurs colonies, principalement dans les montagnes du nord de l’Inde, dans l’Assam et le Darjeeling. Ils montèrent donc une expédition d’espionnage industriel en envoyant le botaniste écossais Robert Fortune voler le thé. Déguisé et parlant le mandarin, Fortune passa trois ans dans les plantations, autour de 1850, et en ramena des semences, des plants et la technique de culture et de transformation. Les anglais devinrent les maîtres du thé. Le thé, qui avait une valeur quasi spirituelle pour les chinois, devint la boisson des ouvriers. Généralement pauvres et mal nourris, le buvaient bien fort, allongé de lait, ce qui faisait tourner l’agriculture, et de sucre, ce qui eut pour effet collatéral les plantations et la traite des esclaves. Le thé devint une addiction. Certains auteurs estiment que la révolution industrielle n’aurait pu se faire sans thé… Nos tisanes sont infiniment plus douces!

Entretemps, chez nous, le tilleul est en fleur. Un grand tilleul couvert de fleurs crème embaume à la ronde et vrombit quand des milliers d’abeilles les butinent. Le miel de tilleul est d’ailleurs un des plus délicieux. L’inflorescence se compose de quelques fleurs attachées par leurs pédoncules à une bractée vert clair. D’habitude on cueille le tout, bien que l’on puisse ne prendre que la fleur. L’important est de ne pas rater le bon moment car, si le temps est beau, la floraison est très rapide. Idéalement, il faut que certaines fleurs soient encore fermées et que les étamines ne soient pas encore brunes. Si on veut en profit profiter, il faudra être vigilant.

Faites sécher vos fleurs à l’abri de la lumière, largement étalées sur une feuille de papier ou un torchon, sans les laver. Les fourmis qui pourraient s’y trouver s’échapperont toutes seules. Si vous possédez un dessiccateur, vous pourrez obtenir un séchage rapide qui gardera la belle couleur verte des bractées.

La réserve de tisane se garde dans des bocaux hermétiques à l’abri de la lumière ou dans des sachets de papier.

La tisane de tilleul est un grand classique, précieux pour l’hiver face à la grippe et aux refroidissements. L’infusion a notamment la vertu d’être apaisante et somnifère.

La menthe est le deuxième grand classique. Elle pousse avec grande facilité pour peu qu’elle bénéficie d’une humidité suffisante. Elle se porte bien en situation fraîche, à mi-ombre. On la trouve à l’état sauvage dans les prairies humides et au bord des ruisseaux. Tout comme les orties, les menthes s’étendent rapidement par des racines traçantes vigoureuses. Si on ne veut pas être envahi, mieux vaut cultiver la menthe en pot, pot qui peut éventuellement même être enterré.

Il existe de nombreuses variétés de menthe, chacune avec sa saveur particulière. La menthe poivrée, Mentha piperita, comme son nom l’indique, a un goût très prononcé et souvent les tiges ou les feuilles pourpres. Mentha spicata, à la feuille bien verte, pointue et gaufrée, est la variété utilisée pour le thé marocain. Mentha suaveolens (ce qui signifie qu’elle sent bon), a une feuille plus ronde et plus velue. La sélection ‘Variegata’ est très décorative au jardin.

La menthe est une vivace et se cueille fraîche sur une longue saison, de mars à octobre environ. Elle disparaît l’hiver. Sécher des feuilles de menthe pour l’hiver peut donc être utile, pour la tisane bien sûr, mais également pour aromatiser les plats et les sauces. Contrairement au tilleul, on a tout le temps de le faire mais il vaut mieux récolter avant la floraison.

Je ne suis pas experte pour décrire tous les bienfaits des tisanes mais vous trouverez facilement des sites spécialisés. En résumé, la menthe aide à la digestion et est stimulante. Le menthol qu’elle contient peut aider à soulager les maux de tête et les problèmes respiratoires.

Dans la même famille des lamiacées, nous trouvons une autre plante aromatique de choix: la mélisse officinale ou citronnelle. Très ressemblante à la menthe, sa feuille est plus rugueuse et dentelée. Elle porte de petites fleurs blanches, très mellifères, ce qui lui vaut sont nom de Melissa officinalis car melissa est l’abeille en grec ancien. Cette vivace se répand comme une mauvaise herbe par ses semences.

Les feuilles, au goût citronné, se consomment fraîches et ont elles-aussi, des vertus digestives. Comme l’épithète officinalis l’indique, la mélisse fait partie de la pharmacopée classique. Le parfum de citronnelle a aussi le mérite d’éloigner les moustiques.

Les feuilles cueillies avant la floraison se sèchent pour les infusions d’hiver, pures ou combinées à d’autres plantes.

Au goût également citronné, la verveine est une infusion digestive très appréciée. Il s’agit d’une plante très différente car c’est un arbuste qui peut atteindre plusieurs mètres de haut et qui nous vient d’Amérique du Sud, en particulier d’Argentine. Elle appartient à la famille des verbénacées, mais ce n’est pas une verveine. Son nom botanique généralement accepté est Aloysia citrodora, bien qu’on puisse trouver divers synonymes. Ses feuilles vertes, étroites et rugueuses, dégagent un merveilleux parfum lorsqu’on les froisse.

Cette plante provient toutefois d’un climat doux et n’est pas très rustique. Elle apprécie une position chaude et ensoleillée. En climat froid, il faut envisager une culture en pot à rentrer pour l’hiver. Le feuillage est caduc et il faut donc récolter les feuilles à temps, tant qu’elles contiennent tout leur parfum. On peut raccourcir les branches et éplucher les feuilles. Une seule plante peut fournir une récolte abondante, surtout si elle est plantée en pleine terre. Les feuilles fraîches sont formidables pour aromatiser l’eau, les salades de fruits et les sorbets. La verveine citronnée est toujours délicieuse en tisane, tant fraîche que séchée. A boire avec modération avant le coucher car elle est très diurétique!

Sauge, thym et romarin forment le trio méditerranéen classique, très aromatiques et aux vertus remarquables. Comme ce sont des sous-arbrisseaux persistants, vous pouvez en cueillir toute l’année ronde et il n’est donc pas indispensable d’en sécher pour l’hiver. Or, c’est justement face aux maux de l’hiver, toux et refroidissements, que ces plantes sont les plus utiles. Pour ma part, je fais une grande infusion des trois ensemble et en bois tout au long de la journée. N’oubliez pas que le nom latin de la sauge, Salvia, vient de salvare, sauver.

Pour ajouter de la couleur et du parfum à vos tisanes vous pouvez cueillir et sécher des pétales de fleurs: jasmin, souci ou rose par exemple.

Vous aurez toutefois du mal à concurrencer les merveilleuses tisanes proposées sur le marché des épices d’Istanbul; ce sont de véritables oeuvres d’art, aux ingrédients multicolores étonnants. Quant à leurs effets, mystère…

Chez nous, de petites entreprises artisanales se spécialisent dans la production de tisanes aux vertus multiples. C’est plus rassurant…

Cultivées en bio, cueillies au moment propice, séchées en conditions idéales, les plantes qui composent ces tisanes sont de première qualité. Nous voyons ici le trèfle rouge, les pétales de rose, des feuilles de cassis et des fleurs d’aubépine: quelques exemples parmi les très nombreuses plantes que l’on peut consommer pour son bien-être. Tout l’art est ensuite dans les associations.

Des magasins de thé élégants ont fleuri un peu partout, vendant leurs produits de marque au prix fort. N’oublions pas que traditionnellement, on s’est toujours désaltéré et soigné avec ce qui pousse gratuitement autour de nous.

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En mai, tonte à l’arrêt!