Une année de bouquets
Le plaisir de fleurir la maison m’a été transmis par ma mère, très douée pour l’art floral, don qu’elle même avait hérité de sa grand-mère. Le bonheur est avant tout de faire le tour du jardin avec un panier et un sécateur et de se laisser inspirer. Souvent, c’est la rose imparfaite, la branche tortueuse, la feuille maculée qui offrent le plus d’intérêt, toutes choses qu’on ne trouvera jamais chez un fleuriste. Je mets donc mon point d’honneur à ne jamais acheter une fleur, quelle que soit la saison.
JANVIER
Si le jardin n’est pas figé par la neige ou le givre on peut faire une cueillette qui égayera la table. Les seules fleurs, encore en bouton, sont celles des Skimmia, une ressource précieuse en hiver; Skimmia japonica ‘Rubella’ rouge et Skimmia japonica ‘Kew Green’ à fleurs vertes.
Les feuilles tachetées de crème entourant des baies appartiennent à Aucuba japonica ‘Variegata’, un buisson très en vogue à une certaine époque avant d’être relégué dans le catalogue des horreurs. J’ai trouvé l’arbuste dans le jardin et avoue, qu’utilisé avec parcimonie, il rend des services en plein hiver. Les feuilles jaunes du Choisya ternata doré sont très lumineuses et Abélia grandiflora, avec ses bractées rouges, très raffiné. Quelques feuilles de Nandina ‘Firepower’ rouges et quelques brins de fougère complètent le feuillage.
L’attention est attirée par les épis secs des miscanthus, les grappes de petits cynorrhodons et surtout les quelques branches du noisetier tortueux avec ses premiers chatons.
Cette petite composition montre combien il est important de cultiver un choix d’arbustes persistants pour l’hiver.
FEVRIER
Quelques jours cléments et les premières fleurs sont là! La viorne d’hiver, Viburnum bodnantense ‘Dawn’, aux boules de petites fleurs roses très parfumés, fleurit par intermittence tout l’hiver. Prunus subhirtella ‘Autumnalis’ est un cerisier du Japon qui, comme son nom le dit, commence à fleurir en automne, s’arrête quand il gèle pour repartir dès les premiers jours tièdes. Les bruyères d’hiver sont une ressource excellente pour le fond des petits bouquets. Le feuillage gris de Jacobaea maritima s’associe bien au rose. J’en coupe sans regrets car il convient de toutes façons de rabattre l’arbuste en mars.
MARS
Toujours en rose, mars est l’apogée des floraisons des cerisiers du Japon, roses et blancs. Le ravissant magnolia ‘Chrysantemumiflora’ , une variante rose du magnolia étoilé, est suffisamment délicat que pour l’inclure dans une petite composition. Les hellébores orientales, aux bractées mouchetées de pourpre, ajoutent du mystère. Et pour le parfum de l’ensemble, on peut compter sur les jacinthes roses. Pour le jardin et les bouquets, je recommande ces jacinthes ‘Multiflora’ où chaque bulbe produit plusieurs tiges de fleurs fines plutôt qu’une tige lourde. Le choix des couleurs est limité mais l’effet nettement plus naturel et ces jacinthes se naturalisent facilement.
Tulipes, narcisses, héllébores, bergénias, cerisiers et spirées: les grands classiques du printemps. A remarquer malgré tout que les hellébores jaunes doubles ne sont pas courants et que le bergenia rose pâle est nettement plus joli que le rose vif!
AVRIL
Toute la gaieté de Pâques est contenue dans cet ensemble informel d’un bouquet de tulipes jaunes allégé par de la moutarde sauvage et prolongé par de petites plantes et bulbes printaniers. Ceux-ci seront seront replantés au jardin.
Une base de branches d’amélanchier et d’euphorbes permet d’y piquer les derniers narcisses doubles, très parfumés.Pour que ces branches fleuries, encore très tendres, puissent tenir quelques jours dans les bouquets, il convient de les plonger quelques minutes dans de l’eau quasiment bouillante avant de les utiliser; contre-intuitif mais efficace.
MAI
Mai ne nécessite pas de grands efforts: la simplicité met en valeur les floraisons. Les grands Iris germanica se déclinent dans des tons pastels subtils et se suffisent à eux-mêmes.
Les lupins violets foncé contrastent avec le vert chartreuse des grands euphorbes characias (à ébouillanter). Une fois dans l’eau, les lupins, droits au départ, commencent à se tordre dans différentes directions, rendant la composition plus spontanée.
Malgré l’abondance dans les parterres, il peut être charmant d’assembler une gerbe rustique de carotte sauvage et de boutons d’or pour un premier déjeuner au jardin.
JUIN
Que faut-il de plus pour embaumer la maison qu’une immense brassée de pivoines opulentes de tous les tons?
Dans cette composition de fête, les grands delphiniums permettent d’atteindre une belle hauteur. Je les ai associés à des fleurs de cardon en bouton et aux premiers hortensias. Pour le feuillage, les grands hostas glauques donnent de l’impact, tandis que les feuilles pourpres de hêtre et de Physocarpus opulus ‘Diabolo’ donnent de la profondeur. Ce type de bouquet, dans un récipient plat et invisible, nécessite évidemment une structure solide avec de la mousse florale.
JUILLET
Retour à la légèreté pour le plein été! La base de la composition est assurée par l’excellent feuillage argenté de Eleagnus ‘Quicksilver’ aux branches souples. Les buddleias et les verveines de Buenos Aires fleurissent tout l’été, de même que Erigeron annuus, une annuelle ressemblant à un aster qui se ressème abondamment.
Cultivés au potager comme fleur à couper, les Penstemon digitalis sont une ressource précieuse. Les plantes ne sont pas très rustiques mais se bouturent très aisément. Le mieux est de commencer par un semis pour avoir toute la gamme des coloris, des roses au pourpres foncés, souvent à gorge blanche.
L’atout majeur de ce bouquet est cependant la magnifique ombellifère Cenolophium denudatum, communément appelée persil de la Baltique. Cette vivace est rarement cultivée, bien qu’elle ait toutes les qualités; vigoureuse, avec un excellent feuillage, fleurissant sur une longue période à partir de l’été, elle se ressème sans être envahissante.
AOÛT
Les dahlias cultivés au potager sont maintenant en pleine fleur. Plus on en coupe et plus il en vient. Leurs tons subtils permettent des mariages voluptueux avec les roses.
SEPTEMBRE
En septembre, les dahlias continuent à être les stars des bouquets. Pour alléger et éclaircir les rouges j’ai utilisé du fenouil qui s’est ressemé tant au potager que dans les parterres et fleurit jusqu’à l’hiver. Les pommiers décoratifs, comme celui-ci à feuillage pourpre, contribuent à l’effet campagnard de l’ensemble.
Abelia grandiflora, sert de fond aux dahlias clairs.
OCTOBRE
Un bouquet d’automne ambitieux associe quelques grands dahlias rouges à des Hydrangea paniculata et ‘Annabelle’. Mon ombellifère, Cenolophium, est maintenant vert et tout aussi décoratif qu’au printemps. Les queues d’amaranthe pourpre foncé se ressèment d’année en année au potager; ils créent le contraste. Les grandes gousses du catalpa donnent une touche d’originalité à une composition très construite.
En mode plus intimiste, quelques dernières roses sont présentées avec de tout petits dahlias pompon pourpres, des Knautia macedonica légers et les baies violettes étonnantes du Callicarpa.
NOVEMBRE
La saison avance, mais les derniers dahlias sont encore là, ainsi que quelques boutons de rose qui ne s’ouvriront plus. Les épis légers proviennent des heuchères. Les feuilles de sauge argentées sont encore belles. Les pommes, en particulier les jolies petites reinettes étoilées, sont piquées sur des bâtonnets. L’oeil attentif aura aussi distingué de grands haricots violets. Ce sont les délicieux haricots ramants ‘Blauhilde’, eux aussi piqués sur bâtonnets. Cette association fleurs-fruits-légumes est intrigante et appétissante comme milieu de table.
DECEMBRE
La jardin a l’air à bout de souffle en ce début d’hiver, mais en regardant bien, il reste de petites brindilles par-ci par-là qui, rassemblées dans une miniature, font illusion. La photo date d’un 18 décembre! On y trouve notamment les bruyères d’hiver et les premières héllébores, viornes et daphnés odorants, les Camellia sasanqua à floraison automnale roses et blancs, la petites rose blanche verdâtre ‘White Morsdag’, très tardive, et le bulbe d’automne rouge Schizostylis.