Les charmantes clochettes bleues des Muscari
Avec le printemps arrive la joie des bulbes. Un tout petit bulbe aux clochettes bleu pervenche est fidèle au rendez-vous chaque année: le charmant muscari.
S’élevant au-dessus d’une touffe de fines feuilles vertes retombantes, les hampes florales s’élèvent bien droites à 15-20 cm de hauteur. Elles portent des grappes denses de mini clochettes bleu violacé, bordées d’un petit liseré blanc à peine visible. Ces petites fleurs s’ouvrent progressivement du bas vers le haut de la grappe, ce qui assure une longue floraison. Faisant penser à de minuscules jacinthes, on parle parfois de jacinthe à grappes, grape hyacinth en anglais. Le nom muscari fait référence à leur parfum musqué. Même si elles paraissent peu accessibles, les fleurs sont mellifères.
L’espèce la plus communément cultivée est Muscari armeniacum (d’Arménie). Le genre est en réalité répandu dans toute la Méditerranée et une partie du Proche Orient. Très rustiques, les muscaris se développent tout aussi bien plus au nord, contents d’un sol frais ou sec et supportant le froid comme la chaleur. En quelques années, les bulbes se multiplient pour former de belles touffes portant de nombreuses fleurs. Ci-dessus, dans une ambiance de sous-bois, ils fleurissent en même temps que l’anémone sylvie et les pulmonaires.
Ils se naturalisent très bien dans l’herbe et s’installent même au pied de grands arbres, un emplacement très sec et difficile pour la plupart des plantes. Les muscaris se multiplient facilement par les bulbilles qui se forment autour du bulbe principal, mais aussi par leurs graines. Ils peuvent même être vagabonds, apparaissant spontanément au bord des chemins ou dans les parterres, parfois même éloignés de la touffe mère.
Il existe quelques variantes de Muscari armeniacum, dont la blanche est la plus courante. Elle est cependant moins vigoureuse que le type. En général, vous n’aurez le choix qu’entre bleu et blanc. Le producteur néerlandais spécialisé en bulbes, Nijssen Bulbs, en propose néanmoins plus de vingt espèces et cultivars: fleurs roses, bleu pâle, bicolores, doubles… Il faut cependant avoir le nez dessus, dans une rocaille ou dans des bacs, pour apprécier ces raretés, même si, à 3,5 euros les 10 bulbes, ils sont abordables.
Les bulbes achetés sur catalogue se plantent à l’automne. Une alternative est d’acheter les bulbes en pot au printemps pour les intégrer directement dans une jardinière. Une fois que la floraison se termine on peut replanter les bulbes au jardin. Les touffes installées peuvent aussi se diviser après la floraison pour multiplier son stock.
Une espèce mérite cependant une mention spéciale car son bulbe est consommé, notamment dans le sud de l’Italie: Muscari comosum. On l’appelle muscari à toupet car la hampe florale se termine par une touffe de filaments violets (de l’adjectif latin comosus, chevelu). Il est très commun dans les sols secs et les terrains laissés à l’abandon (il y en a tant…). Dans ces régions, la récolte de plantes sauvages pour la cuisine est encore très répandue. Beaucoup ont un goût un peu amer, apparement très sain, et c’est le cas pour le muscari sauvage. Les petits bulbes sont bouillis pour réduire l’amertume, puis grillés, ou conservés en bocaux pour l’hiver dans de l’huile ou au vinaigre. En italien on les appelle lampascioni (prononcez lampatchioni).
Je saisis l’occasion pour parler d’une autre petite plante qui, pour semer la confusion, s’appelle Liriope muscari, pour la ressemblance de sa fleur à nos petits bulbes.
Cette plante venue d’Asie appartient à la familles des asparagaceae tout comme les muscaris, les asperges, les scilles, les jacinthes, le muguet et beaucoup d’autres. Ce n’est pas un bulbe mais une vivace avec un très beau feuillage persistant à lanières. La rosette de feuilles produit des épis violets qui peuvent atteindre 30 cm de haut et qui portent de toutes petites clochettes. Contrairement aux bulbes printaniers, le Liriope fleurit d’août à octobre environ. Il a été nommé pour la nymphe Liriope, une des naïades. La mythologie grecque foisonne de nymphes, très utiles à la nomenclature botanique.
Avec un feuillage ordonné et persistant l’hiver, résistant au froid et aimant l’ombre, Les liriopes sont d’excellents couvre-sols. Ils peuvent se naturaliser sous les arbres ou former de belles bordures. Ici aussi, un choix de cultivars de qualité est proposé dont ‘Gold Band’, ‘Variegata’ ou ‘Big Blue’. L’avantage pour le jardinier est qu’il n’est pas nécessaire de recouper le feuillage après l’hiver comme pour les graminées, ni de supprimer les fleurs fanées.
J’ai même vu des Liriope muscari plantés en rangs d’oignon dans un jardin à front de rue; une solution originale pour propriétaire cherchant à se simplifier la vie…