Où vont les bourdons?
Avant toute chose, je précise que ne suis pas spécialiste et ne ferai que survoler la vie de ces insectes charmants que sont les bourdons. Avec leurs corps poilu, coloré et dodu comme un petit ourson, leur manière pataude et leur vol bruyant, les bourdons sont tellement attachants. Les voir arriver comme des bombardiers dans le jardin dès février est une joie. Pour les attirer, offrez-leur des floraisons précoces en quantité.
Le bourdon est de sortie dès février. Si une température de 5 °C lui suffit pour partir à la recherche de nectar, c’est qu’il a une étonnante capacité de maintenir sa température interne. Rustique, il supporte la pluie et le vent. Par comparaison, les abeilles domestiques attendront plutôt les 10-12°C avec un beau soleil sans vent pour tenter une sortie de la ruche. Le bourdon est donc très adapté à nos pays du nord.
Les ressources sont cependant limitées en cette fin d’hiver. Le jardinier peut aider tout en égayant son domaine. Même s’ils sont si petits, les bulbes précoces sont précieux; les bourdons adorent les perce-neige et les crocus. Ne vous contentez pas d’une poignée de fleurs; essayez de multiplier les bulbes dans la pelouse ou sous en arbre pour en avoir un tapis entier. Ce sera la folie quand les corolles des crocus s’ouvrent avec le soleil; leurs poils se couvrent de grains de pollen orange vif.
Les petits narcisses sauvages sont aussi très appréciés. Nos amis peuvent s’enfiler dans la corolle ou même piquer à travers avec leur langue pour atteindre le nectar.
D’autres floraisons d’hiver intéressantes sont le chèvrefeuille d’hiver, Lonicera fragrantissima, délicieusement parfumé comme son nom l’indique. Contrairement à la plupart des chèvrefeuilles, il s’agit d’un gros arbuste qui fleurit sur le bois nu et attire les rares insectes de la saison par son parfum. D’une odeur nettement moins agréable pour nous, Helleborus foetidus, l’Hellébore fétide, attire un grand nombre de visiteurs ailés, apparemment pas incommodés. Cette vivace est indigène en Europe et pousse dans les sous-bois à tendance calcaire, y compris en altitude. La plante se ressème abondamment et peut former de belles colonies, illuminant le bois par ses fleurs vert chartreuse. Cela vaut vraiment la peine de l’introduire au jardin.
Et en voici un sur la petite consoude couvre-sol à fleurs jaune pâle, Symphytum tuberosum. La plante, qui ne dépasse pas 30 cm, s’étend rapidement par rhizomes, devenant vite envahissante mais couvrant très efficacement le terrain. Sa floraison précoce est très attirante et ses fleurs tubulaires ne sont pas un obstacle pour les bourdons.
Ces bourdons que nous voyons en début d’année sont toutes des femelles, à ne pas confondre avec le faux-bourdon, le mâle de l’abeille. Dans le cycle de vie du bourdon, la reine fécondée survit à l’hiver. Le reste de la colonie disparaît. Elle fond une nouvelle colonie au printemps dans des cavités dans le sol, souvent laissées par des petits rongeurs. Certaines espèces font leurs nids en hauteur, dans des nichoirs par exemple. La reine fondatrice se met à pondre et nourrit les premières ouvrières avec le nectar et le pollen qu’elle ramène. Par la suite, ces ouvrières prendront le relais et la reine ne quittera plus sa colonie qui n’atteindra que quelques centaines d’individus.
Il y a des similitudes avec le cycle de vie du frelon et notamment du nouvel ennemi public: le frelon asiatique. Ce sont aussi les femelles qui fondent de nouvelles colonies au printemps, d’où l’importance d’essayer de les piéger à ce moment là.
On déplore hélas une perte de diversité chez les bourdons. Il y aurait une trentaine d’espèces en Belgique, dont moins d’une dizaine s’observent encore fréquemment. Voici les plus courantes, d’après les fiches du Service Public de Wallonie.
Le Bourdon appartient au genre Bombus de la famille des apidae, à laquelle appartiennent également les abeilles (Apis). On peut donc dire que tous les bourdons sont des abeilles sauvages alors que l’inverse n’est pas vrai. Le côté velu et leurs touffes de poils colorés, dorés, roux ou blancs les distinguent. Le gros bourdon des jardins, rayé noir et or avec son derrière blanc est un des plus communs.
La saison avance et nos butineurs velus s’activent sur les Pieris, leur trompe à nectar leur permet d’accéder au fond des clochettes. Les Allium, les pivoines et les capucines sont également très visités.
Le bourdon paraît totalement enivré et se vautre dans les étamines en se couvrant de pollen. On aperçoit aussi les corbeilles à pollen qu’il porte sur ses pattes. Il visite ici une pivoine simple aux étamines bien apparentes, négligeant la pivoine rose double qui n’a rien à lui offrir. Optez donc le plus souvent possible pour les fleurs simples!
Privilégiez les cosmos et les dahlias à fleurs simples et plantez une rangée de zinnias multicolores au potager: les bourdons les adorent!
La digitales est une de leurs fleurs favorites. Il est très amusant de voir ces gros insectes disparaître à l’intérieur des longues corolles qu’ils butinent assidûment.
Tout comme les abeilles, les bourdons voient les couleurs différemment de nous et sont particulièrement attirés par les tons bleus et violets.
Les voici sur les fleurs bleues de mon jardin en Belgique mais aussi en Italie. Dans l’ordre: la phacélie, le Caryopteris, la sauge, la scabieuse, une très belle passiflore (ils en sont fous), le plumbago, l’agapanthe et la lavande.
Avec sa rusticité, son vrombissement et ses poils qui se couvrent de pollen, le bourdon est un pollinisateur très efficace. Il a son importance pour les cultures économiques. On le voit ici sur les fleurs des fèves des marais. Dans les cultures sous serre, les agriculteurs ont principalement recours aux bourdons pour polliniser les tomates, les poivrons et les fraises.
Réjouissons-nous donc de voir sortir les premiers bourdons en fin d’hiver et faisons tout ce que l’on peut pour les favoriser, ce qui commence bien entendu par l’exclusion des pesticides.
Voyons les bourdons comme de petites boules de poils biens sympathiques et - en principe - inoffensives. Seule la femelle est munie d’un dard, mais elle n’est pas agressive. Le seul risque est d’écraser un bourdon par mégarde, notamment en marchant pied nus dans la pelouse par exemple. Comme l’abeille, il adore le trèfle blanc!