Les euphorbes cactus

Le genre Euphorbia est un des plus diversifiés du monde végétal, comptant au minimum 2000 espèces, certains parlent de 6000. La plupart des jardiniers connaissent les excellentes épurges des jardins: Euphorbia characias, E. martinii, E. myrsinites, E. polychroma, E. griffithii etc. Il y a cependant aussi une quantité d’euphorbes qui se sont adaptées à des environnements extrêmes, secs ou désertiques. Comme les cactus, elles ont des épines au lieu de feuilles et stockent l’eau dans leurs tissus. Alors que la famille des cactées est essentiellement présente dans le Nouveau Monde, les euphorbes succulentes se trouvent principalement en Afrique et en Europe. Ces plantes ont développé des solutions, et par conséquent des formes similaires, un phénomène que l’on appelle évolution convergente.

Comment distinguer un cactus d’une euphorbe? Toutes les euphorbes contiennent un latex blanc, très irritant et dangereux pour les yeux. Ce véritable poison, très utilisé dans la médecine antique, les protège des herbivores. Chez les espèces qui présentent des feuilles, on peut en détacher une pour voir si le latex s’écoule. Pour les espèces épineuse, ce n’est pas une option. Une bonne méthode est d’observer les épines. Chez les cactus, les épines émergent d’une aréole bien visible. Chez les euphorbes, elles ressemblent davantage aux épines des rosiers, la base et l‘épine étant d’une seule matière. Elles sont souvent en paire et certains les comparent aux antennes d’un escargot.

Les fleurs permettent aussi de faire rapidement une distinction; alors que chez les cactus les fleurs peuvent être très colorées et impressionnantes, chez les euphorbes elles sont petites et généralement jaunes. En réalité, les botanistes ne les considèrent même pas comme de vraies fleurs. Ils parlent de cyathes. Les organes femelles nus sont entourés de bractées généralement jaune vif plutôt que de pétales. Les organes mâles apparaissent plus tard pour que la plante ne s’autoféconde pas. Des glandes nectarifères attirent les pollinisateurs qui se couvrent de pollen.

Une fois fécondés, les ovaires forment des capsules contenant les semences. A maturité, elles explosent et projettent les graines au loin. Les cactus produisent des fruits très différents (parfois après des années) qui peuvent contenir de très nombreuses graines. Pensez par exemple aux figues de barbarie.

Les euphorbes cactiformes les plus spectaculaires que l’on puisse voir sont ce que l’on appelle les euphorbes candélabres. Le spécimen impressionnant ci-dessus atteint plusieurs mètres de haut. Il est très utilisé dans les îles Canaries où le climat doux très sec et le sol rocailleux lui conviennent parfaitement. Avec le temps, un véritable tronc se forme et les branches se ramifient pour former une sorte de parasol.

Il y plusieurs espèces d’euphorbes candélabres, pas faciles à différencier et d’ailleurs souvent croisées entre elles. Elles sont originaires d’Afrique de l’Est et du Sud. Une des plus courantes est Euphorbia ingens. Ingens veut dire énorme en latin, ce qui donne le ton. La plante peut atteindre jusqu’à 12 mètres de haut , a de larges côtes aux bords ondulés et une cime arrondie. Elle compte en général 4 à 5 côtes et est peu épineuse. Euphorbia candelabrum forme un gros tronc et a une forme de parapluie. Euphorbia abyssinica, souvent vendue comme erytrea ou erythraea, est sans doute la plus impressionnante avec de grosses branches très longues et 5 à 7 côtes. Elle est munie de fortes épines de 1-2 cm de long. Euphorbia ammak ne compte que 4 côtes et est de couleur bleu-vert.

Ces euphorbes candélabres nécessitent vraiment de la chaleur et un sol sec. Elles peuvent supporter quelques jours de faible gel nocturne mais pas plus. La dernière photo a cependant été prise à Rome… Vu leur peu de besoins, ces plantes sont souvent proposées comme plantes d’intérieur où leur aspect sculptural apporte un note contemporaine.

Un cultivar souvent vendu comme plante d’appartement est Euphorbia trigona f.rubra. Plus petit que les candélabres précédents, il ne devrait pas dépasser le 1.80 m. Il ne compte que 3 côtes, comme son nom l’indique. Entre les épines, il porte de petites feuilles pourpres qui lui donnent un aspect très graphique.

Plusieurs autres espèces d’euphorbes succulentes illustrent cette curieuse transition évolutive entre feuilles et épines en présentant les deux à la fois. C’est le cas d’Euphorbia loricata, une plante d’assez petite taille présentant des tiges érigées avec des feuilles fines aux extrémités. Elle a un petit air échevelé.

Les monticules denses et réguliers de Euphorbia resinifera sont particulièrement décoratifs. L’espèce est originaire de l’Atlas marocain. Elle y pousse dans les pentes rocheuses. Les tiges à 4 côtes ne dépassent généralement pas 60 cm mais l’ensemble peut s’étaler sur 2 mètres. La configuration de cette euphorbe succulente, sans feuilles mais munies d’épines, est une adaptation efficace à la sécheresse. Chaque tige crée de l’ombre pour sa voisine.

L’euphorbe résinifère, comme son nom l’indique, contient un latex blanc très toxique mais utilisé en médecine. La molécule active est à l’étude pour diverses maladies. Au printemps, les tiges se couvrent de petites fleurs jaunes. Les marocains prétendent que le miel de cette euphorbe, le miel de daghmous (ou cactus) est le meilleur du monde et peut soigner l’asthme.

Ces coussinets sont en tous cas particulièrement décoratifs dans une rocaille. La résistance au froid, généralement indiquée à O°C, est en fait plus importante si le sol est bien draîné. Le véritable ennemi de ce type de plante est l’humidité hivernale. Dès lors, la surélever sur un monticule caillouteux est une bonne solution qui lui permettra en outre de développer une jolie forme arrondie.

La diversité des euphorbes cactus est énorme et, pour peu que l’on trouve un fournisseur passionné, on peut développer une galerie de curiosités. Les petits formats, pouvant aisément se cultiver en pot et rentrer au sec l’hiver, sont particulièrement faciles et fascinants. Ils tolèrent la négligence, ce qui en fait de bons sujets pour les résidences secondaires. On retrouve souvent la paire d’épines et parfois quelques feuilles. Je vous épargne les noms, même s’ils sont assez parlants: obesa, horrida, ferox

Dans ma recherche de plantes à cultiver en pot sans arrosage, je me suis passionnée pour les curiosités botaniques que l’on appelle euphorbes à tête de méduse. Il y a diverses espèces, dont les différences sont parfois minimes. L’espèce emblématique s’appelle Euphorbia caput-medusae. L’analogie avec la méduse n’a rien à voir avec l’animal marin mais se réfère à la Méduse de la mythologie grecque. Méduse était une des trois Gorgones. Elle fut punie par Athéna pour avoir été violée par Poséidon (quelle injustice!). La déesse transforma sa magnifique chevelure en serpents et fit que quiconque croiserait son regard serait transformé en pierre. On comprend mieux en voyant ces curieuses plantes que les branches partant en tous sens évoquent des serpents.

La particularité des euphorbes à tête de méduse est que les branches centrales sont très courtes, disposées en spirales de Fibonacci. Ces spirales auraient pour but d’attirer l’eau (rare) vers le coeur de la plante. Des branches plus longues, généralement arrondies, s’étendent en étoile tout autour.

Comme toutes les euphorbes, ces plantes grasses fleurissent au printemps. Le spectacle de ces doigts charnus surmontés de petites étoiles jaunes est alors tout à fait étonnant.

Les têtes de Méduse sont originaires d’Afrique du Sud et en particulier du Cap où elles poussent sur le sable ou des terrains pierreux. Ils aiment le soleil et ne sont pas rustiques.

Les pépiniéristes recommandent un arrosage occasionnel mais en réalité la résistance à la sécheresse est remarquable.

Une euphorbe instantanément reconnaissable est Euphorbia tirucalli, surnommée l’arbre à crayons. Sa croissance est très rapide et un spécimen âgé peut atteindre plusieurs mètres de haut. Ses nombreuses ramifications cylindriques et succulentes font penser à des crayons. Les quelques feuilles présentes sont courtes et fines. Comme toutes les épurges, celle-ci contient un latex blanc très toxique et qui peut momentanément aveugler si elle gicle dans les yeux. A manipuler avec précaution!

Tirucalli est originaire de régions semi-arides d’Afrique. Parfois plantée en haie touffue, elle est y utilisée pour créer des clôtures vivantes pour les troupeaux. Sa teneur en eau contribuerait à freiner les incendies de brousse.

Il en existe un cultivar horticole à branches rouges, très voyantes et nommée ‘Flame’ ou ‘Sticks on Fire’. Il est utilisé avec beaucoup d’effet dans les jardins secs de Californie.

Enfin, une euphorbe méditerranéenne s’est elle aussi adaptée de manière étonnante pour survivre à trois ou quatre mois d’été privée d’eau. Non seulement elle stocke l’eau dans ses rameaux charnus comme une succulente, mais en plus sa végétation est à contre-courant, développant des feuilles en hiver pour les perdre en été. Euphorbia dendroides (qui veut dire semblable à un arbre) est un gros arbrisseau qui peut former des dômes arrondis de 2.5m de haut. A l’arrivée des premières pluies d’automne, il développe un joli feuillage vert bleuté, caractéristique de nos euphorbes de jardin. Au printemps vient une explosion de fleurs vert chartreuse qui dure longtemps. A ce moment là, le spectacle est magnifique sur les côtes rocheuses de la mer où elle se plaît particulièrement. Dès l’arrivée de la chaleur, les feuilles rougissent et tombent, évitant à la plante de perdre de l’eau par transpiration foliaire. Il convient donc de planter cette euphorbe à l’arrière d’un parterre où d’autres plantes le cachent un peu pour sa période dénudée mais où il sera la vedette du printemps.

Dans les climats méditerranéens, la l’épreuve pour les plantes est la survie pendant les quelques mois chauds et secs. Dans les cas d’Euphorbia dendroides, notre hiver est son été!

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